Faire du logement un grand chantier territorial.

Des organismes du territoire de la MRC de Roussillon sonnent l’alarme sur la gravité de la crise du logement et invitent les élu-e-s des trois paliers de gouvernement à faire du logement un grand chantier territorial

Châteauguay, le 30 mars 2021 – Des organismes de la MRC de Roussillon sonnent l’alarme sur la gravité de la crise du logement dans la région et invitent les élu-e-s des trois paliers de gouvernement à faire du logement un grand chantier territorial.

La flambée du prix des logements et le manque de logements sociaux sont au cœur d’une crise sans précédent dans l’histoire de la MRC de Roussillon, la plus populeuse au Québec avec près de 200 000 habitants. Un rapide survol des sites d’annonces de logements à louer confirme brutalement la situation.

« La capacité d’avoir un toit digne de ce nom est une condition essentielle à une qualité de vie minimale, ce qu’espèrent toutes les familles et les personnes seules, quel que soit leur statut social. Les groupes communautaires ne peuvent passer sous silence cette réalité et sont à même de constater les conséquences de cette crise », déclare Virginie Bernier de la Corporation de développement communautaire Roussillon.

L’été dernier, une ligne d’urgence a été tardivement mise en place, sans grands moyens ni publicité. Malgré cela, quelque 80 ménages différents y ont fait appel dans l’espoir d’obtenir de l’aide. On y a retrouvé une majorité de femmes, dont beaucoup issues de l’immigration récente. « Il était difficile d’entendre le désarroi de ces femmes, souvent mère, avec des salaires annuels de 40 000 $ pour qui aucun logement n’était disponible à l’exception de 41/2 à 1 200 $ par mois non chauffé ! », rappelle Bertrand Loiselle, de l’OMH de Châteauguay, qui était responsable du service.

Stéphane Moreau, du Comité logement Rive-Sud, est aux premières loges pour constater les conséquences de la situation du logement locatif dans la région. Selon lui, « on peut prévoir que des centaines d’autres citoyennes et citoyens, en majorité des femmes, verront leurs conditions de vie se détériorer dramatiquement dans les prochains mois ».

Pour Martin Bécotte de la Fédération régionale des OSBL d’habitation de la Montérégie et de l’Estrie (FROHME), « il faut s’attarder à l’impact sur l’économie locale et la pénurie de main-d’œuvre de l’explosion du prix des loyers et des maisons dans la MRC.  En plus de leur drame personnel, l’étau des loyers élevés réduit les dépenses des ménages dans l’économie locale et les commerces de proximité et fait exploser les demandes dans les banques alimentaires. Diriger ces ménages vers les banques alimentaires et nous encourager à donner généreusement est devenu le plan de lutte à la pauvreté des ÉluEs du Québec et du Canada et la norme, alors que cela devrait être l’exception. Dans son dernier budget, le gouvernement du Québec a clairement choisi de protéger la rareté et les prix élevés des loyers plutôt que les femmes, la mixité et l’abordabilité des logements ».

Les trois paliers de gouvernement ont un rôle à jouer pour faire face à cette crise, qui ne connaît pas de frontière municipale. Les problèmes de la MRC débordent même sur les villes avoisinantes, plus éloignées de Montréal, favorisant ainsi l’étalement urbain, et les coûts importants que cela implique pour l’ensemble de la société.

Nous devons nous attendre à l’aggravation de la crise du logement dans les prochains mois. Mais à court terme, des mesures peuvent être prises comme :

– Mettre sur pied un comité de mesures d’urgence avec de réels moyens financiers et opérationnels et un engagement des acteurs de la communauté : ligne d’urgence, aide à la recherche de logement, soutien aux ménages, hébergement temporaire, aide au déménagement et à l’entreposage des biens, etc.;

– Susciter l’adhésion des villes au Programme de supplément au loyer d’urgence de la SHQ;

– Soutenir financièrement et de manière adéquate l’Auberge du cœur L’Élan des Jeunes;

– Assurer la pérennité du Refuge Grands-Froids;

– Permettre la réalisation du projet de 26 logements réservés aux personnes itinérantes ou à risque de l’être de la FROHME;

– Soutenir de nouveaux projets d’hébergement pour les femmes victimes de violence.

« La surveillance de la qualité et de la salubrité du parc locatif, ainsi que la limitation de la conversion des logements locatifs et des reventes rapides seraient de très bonnes et efficaces mesures que les municipalités pourraient prendre », indique Stéphane Moreau.

À terme, la construction de logements sociaux est impérative dans la région, comme le souligne Elie Gravel, coordonnateur au GRT Rive-Sud. Pour cela, « les trois paliers de gouvernements peuvent et doivent effectuer des investissements majeurs et recourir aux différentes mesures législatives possibles, comme la création de réserves foncières et l’inclusion de logements sociaux dans les nouveaux développements. Une politique d’habitation à l’échelle de la MRC permettrait d’assurer une cohérence territoriale dans la mise en place des solutions structurantes ».

Déçus des minces investissements en logement annoncés dans le dernier budget provincial, les organismes anticipent l’aggravation de la crise dans les semaines à venir, avec son lot de drames humains. Dans les 18 prochains mois, des élections auront lieu aux trois niveaux de gouvernements. Nous espérons que soit accordée à la question du logement toute l’attention qu’elle mérite. Pour cela, les organismes communautaires et en logements sociaux de la région convient les élu-e-s des trois paliers de gouvernement à un Grand chantier sur le logement social dans la MRC de Roussillon.